Mezzo Voce

Une série de 63 concerts live

Ne pas se contenter de voir et d'entendre... mais découvrir. Chaque film de Mezzo Voce est l'occasion de vivre un moment rare d'intimité avec des artistes de sensibilité, d'inspiration et de cultures différentes. Concert privé, proximité d'écoute, un voyage initiatique en émotions musicales fortes.

Une émission proposée par François Karol et Paul Rognoni.

Réalisation : Paul Rognoni
Programmation : Sabine Rognoni
Coproduction : France 3 Corse ViaStella
Durée des épisodes : 60 mn

Rosario La Tremendita

Verano

Voir le jour dans le quartier tzigane de Séville, c'est savoir son existence marquée au fer rouge du "duende", l'âme indéfinissable du Flamenco. Ce genre séculaire, Rosario Guerrero Hernandez le porte dans ses gènes au point que la scène sera pour elle, dès l'âge de 5 ans, une seconde nature.

Une voix acérée, un sens aiguë du rythme qui aime porter les "cantes" à mi-voix, là où le Flamenco fait sens, l'inscrivent dans la lignée des grandes "cantaora".

Pourtant, Rosario "La Tremendita" nous raconte une histoire qu'elle est la seule à connaître. Sa sensibilité artistique passe par une ouverture et une curiosité qui l'ont conduit à travailler sur les rythmes perses, apprendre le sitar ou s'intéresser au jazz. A l'image de sa collaboration avec le pianiste José Reinoso, se dévoile alors une Billie Holliday andalouse autant qu'une compositrice qui ne cache rien de son amour des belles ballades.

Ainsi La Tremendita offre un avenir à cette musique ardente, fougueuse et contenue. En nous rappelant naturellement à la multiplicité de ses origines grégoriennes, byzantines, juives, arabes ou indiennes.

Les yeux noirs

Tchorba

Une ritournelle de grand mère raisonne et nous voici transportés sur la rive Est de la Méditerranée. Ce périple auquel vous convie Mezzo Voce, c'est d'abord celui d'une mémoire qui va puiser dans son passé pour mieux se réinventer. Une mémoire tzigane qui au gré de ses rencontres et de ses envies convoque autant les musiques traditionnelles ashkénazes que le Jazz mais aussi l'amour d'une certaine chanson française.
Ce Blues de l'Est qui réussit par la beauté de ses métissages à nous communiquer une forme de transe universelle, c'est celui des Yeux Noirs.
Si ces cultures Yiddish et Manouche sont souvent considérées en voie d'extinction, l'ouverture et l'expérimentation qui caractérisent la musique des Yeux Noirs sont pourtant la preuve d'une vivacité bien loin de toute notion marquetée.
D'où viennent Les Yeux Noirs?
D'une mélodie tzigane écrite en Russie au 19 ème siècle avant d'être immortalisée par Django Reinhart;
Parce que cette mélodie et ce grand maître sont intimement liés à l'histoire personnelle d'Eric et Olivier Slabiak autant qu'à la façon de concevoir leur musique. Depuis 20 ans, ces deux violonistes virtuoses éprouvent leur tzigano-rock et leur Yiddish Pop au sang neuf des musiciens et publics des cinq continents qu'ils parcourent inlassablement.

Deolinda

Passou Por Mim e Sorriu

"Un mal dont on jouit, un bonheur dont on souffre".
C'est le poète portugais David Mourao Ferrera qui définit ainsi le Fado. Mais ici la robe traditionnelle noire fait place à une lisboète imaginaire haute en couleurs qui observe à sa fenêtre le monde et son quotidien.

Déliant les codes du genre à base de culture folk, d'humour surréaliste et d'imprévus poétiques, Deolinda c'est le Fado en mode bonne humeur majeure.
Ainsi, ces érudits formés au jazz et au classique donnent à comprendre ce Portugal du 21ème siècle, entre tradition et crise économique.

Une satire sociale d'une telle justesse que des titres de Deolinda sont devenus grâce au web la bande son de la contestation portugaise face à la crise. Un fado 2.0 où se rejoignent conscience politique, joie et exultation de la danse. Grâce à deux frères, leur cousine et son mari qui donnent vie à cette Deolinda si malicieuse et décidément bien dans son temps.

Manât

Fila St'orca

"Savoir voyager, c'est avoir la science des accords". Ce mot de Paul Morand résume à lui tout seul ce que l'on ressent à l'écoute du groupe Manat: un voyage imaginaire, intemporel et oecuménique.

Imaginaire à l'image de cette déesse arabe du destin et de l'amour à qui ils empruntent leur nom.

Intemporel dans l'âme de ces voix corses ancestrales et de la cetera de Carmin Belgodere. Une tradition qui n'hésite pas à se découvrir une vraie modernité rythmique et mélodique empruntée à la folk ou au rock.

Un voyage oecuménique enfin, car l'universalité de leur musique raisonne autant d'une clarinette jazzy venue des Balkans que d'un bandonéon sud américain.

En tout cela, les Manat sont les corses d'une Méditerranée à l'écoute et ouverte sur le monde, autant que des musiciens et des voix sensibles à leur racines et enfants de leur temps.

Brisa Roché

Ali Baba

Brisa Roché est une enfant de la Californie hippie des sixties. Mais c'est la déferlante grunge de Seattle qui façonnera son adolescence, jusqu'à cette sauvagerie organique, presque shamanique qui la caractérise aujourd'hui. A la mesure de sa voix à la fois maîtrisée et parfaitement impudique, quelque part entre P.J. Harvey et Blondie.

Mais avant cette phase psychédélique, Brisa a vécu plusieurs vies. Notamment dans la fumée des clubs de jazz parisiens. Un milieu d'hommes, qui lui apprendra que la musique est une lutte. Pour être écoutée; pour acquérir la confiance nécessaire à la discipline de l'écriture; pour échapper à la figure du père. Pour la première fois depuis 7 ans, Brisa Roché se retourne sur cette période.

Deux Mezzo Voce en un pour une philosophie unique: Se mettre en danger, utiliser la musique comme un révélateur.

Quilapayùn

Mi Patria

"El pueblo unido jamas sera vencido"
"Le peuple uni ne sera jamais vaincu".

Un refrain symbole de lutte et de liberté qui raisonne depuis bientôt 40 ans. Pourtant quand les Quilapayun se créent en 1965 c'est d'abord pour faire exister les instruments traditionnels andins et la poésie chilienne au rythme de leurs voix puissantes et harmonieuses. Et si très tôt ils s'engagent dans la lutte démocratique aux cotés de Salvador Allende, c'est le coup d'état de Pinochet en 1973 et l'exil qui s'en suit, qui en feront les figures de l'esprit de résistance des peuples qu'ils continuent d'incarner.

Soutenus à l'époque par une pléiade d'artistes engagés, de Jane Fonda à Gian Maria Volonté, la parole des Quilapayun a trouvé aujourd'hui un nouvel écho, plus universel.

A l'heure de la deuxième génération, le groupe a fait de la transmission et du devoir de mémoire une raison d'exister. Et ce au moment même ou dans un monde trouble, entre violences sociales extrêmes et velléités démocratiques, l'engagement des Quilapayun raconte la force d'une authenticité

Norig

Ionela

L’invitée de Mezzo voce est une jeune grenobloise d'origine catalane et au prénom celte : Norig.
Norig est Gadji, c'est à dire qu'elle n'est pas tzigane. C'est pourtant devant "Le temps des Gitans" de Kusturica que la jeune chanteuse se reconnaît dans la pulsation Rom. Car Norig, c'est une voix qui se fait tour à tour enfantine, mutine ou féminine. Comme naturellement en accord avec les sentiments de joie et de mélancolie mêlées que ces chants roumains, roms et russes véhiculent.

Mais dans ce répertoire sensible, passionné et intense, elle trouve aussi l'adéquation avec sa langue française maternelle. L'âme des Gitans fraternise alors avec les titis parigots des années 40 ou chante la bande son imaginaire d'un film onirique signée Michel Legrand. Norig puise aussi son inspiration dans le sud où un certain Claude Nougaro maitre des mots, poète enchanteur, ouvre une voie dont la jeune artiste s’inspire pour offrir une poésie que l'on comprend ou à défaut que l'on ressent, car toute en murmures, cris, appels et incantations.

Nadeah

Whatevers lovers says

"Quoiqu'il arrive, faites-en quelque chose de positif". Ainsi peut se résumer la philosophie de vie de l’invitée de Mezzo voce Nadeah. Une philosophie apprise durant ses jeunes années d'errance entre Melbourne, Londres et Paris.

Car derrière le cliché de la belle australienne au physique de mannequin à qui tout sourit, l'ancienne chanteuse du groupe « Nouvelle Vague » donne à entendre ses fêlures profondes.

Mais Nadeah Miranda ne verse pas dans la facilité du pathos. Ses textes, véritables exutoires à ses maux les plus intimes, elle les habille de joie, d'humour et de références, voire d'hommages..

Une pudeur paradoxale mais implacable, servie par des musiciens qui dégainent les rifles avec une aisance qui nous fait plaindre les Cowboys de Melbourne.

Krystle Warren

If it wasn't for the lake

Du Missouri à Paris via New York City, le voyage initiatique de notre invitée raisonne comme celui d'une hybridation. L'âme des musiques afro-américaines, la pop, la country et même la comédie musicale constituent son univers bigarré.

Car si Mezzo Voce a choisi de vous faire découvrir Krystle Warren, c'est parce que pour elle, la musique comme la vie sont avant tout une affirmation personnelle où les genres s'effacent devant les expériences sensibles. Une différence transcendée par sa voix unique, quelque part entre la pureté, la puissance et les fêlures d'une Nina Simone.

Une voix servie par des textes ciselés et indissociables d'une richesse mélodique qui ne sont pas sans rappeler les Buckley, père et fils ou cette autre diva pop qu'est Rufus Wainwright.